Le Train pour Tous
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La concurrence fait-elle vraiment baisser le prix du train ?

−10 % sur Paris–Lyon, −30 % sur Paris–Marseille, +9 % sur Paris–Bordeaux sans concurrence. Le bilan 2026 de l'ART, l'arrivée de Velvet et ce que la libéralisation peut — et ne peut pas — faire pour le prix des billets.

·6 min de lecture·Le Train pour Tous

Ce qui s'est passé depuis 2021

L'ouverture à la concurrence des lignes à grande vitesse françaises, permise par le quatrième paquet ferroviaire européen, est restée théorique jusqu'à l'arrivée de Trenitalia sur Paris–Lyon–Milan fin 2021. Puis les choses se sont accélérées :

DateÉvénement
Décembre 2021Trenitalia lance Paris–Lyon (–Milan)
Juillet 2023Renfe arrive sur les liaisons transfrontalières (Lyon–Barcelone, Marseille–Madrid)
15 juin 2025Trenitalia ouvre Paris–Marseille
Février 2026L'ART publie un bilan positif de la libéralisation
2028Velvet (ex-Proxima) doit lancer ses TGV sur l'axe Atlantique

L'ART recense par ailleurs une dizaine de nouveaux acteurs intéressés par le marché français — dont Velvet, Le Train (Nouvelle-Aquitaine) et Kevin Speed (trains à grande vitesse « du quotidien »).

Les chiffres : là où la concurrence joue, les prix baissent

Le bilan dressé par l'ART le 10 février 2026 converge avec les données des distributeurs : plus de trains, des billets moins chers, une fréquentation en hausse sur les lignes disputées.

−10 %
Prix moyens sur Paris–Lyon depuis l'arrivée de Trenitalia

La ligne la plus rentable de France est aussi celle où la concurrence est installée depuis le plus longtemps. L'offre a augmenté, les taux de remplissage aussi — et les prix moyens ont reculé d'environ 10 %.

Source · ART, bilan de l'ouverture à la concurrence, février 2026
−30 %
Prix sur Paris–Marseille depuis l'arrivée de Trenitalia (juin 2025)

Un an après l'ouverture de la ligne, l'effet est encore plus marqué que sur Paris–Lyon. La SNCF a réagi frontalement : ses billets TGV Inoui sur l'axe ont été vendus en moyenne 33 % moins cher sur la seconde quinzaine de juin par rapport à l'année précédente.

Source · Étude Trainline, 2026

Et le contre-exemple qui valide la règle :

+9 %
Évolution des prix sur Paris–Bordeaux, ligne sans concurrence

Sur l'axe Atlantique, où la SNCF est encore en monopole, les prix ont augmenté de 9 % sur la période où Paris–Marseille baissait de 30 %. Même réseau, même opérateur historique, même conjoncture — la seule variable qui change, c'est la présence d'un concurrent.

Source · Étude Trainline, 2026

Velvet : le test grandeur nature de 2028

C'est précisément sur cet axe Atlantique que se joue la suite. Velvet — nouveau nom du projet Proxima, porté par Rachel Picard (ex-directrice de SNCF Voyages) et Timothy Jackson — a levé 1 milliard d'euros en juin 2024, dont 850 M€ pour commander 12 rames Avelia Horizon à Alstom. La première rame est sortie des chaînes de La Rochelle en avril 2026.

À partir de 2028, Velvet desservira Nantes, Bordeaux, Rennes et Angers depuis Paris-Montparnasse, avec un objectif de 10 millions de places supplémentaires par an. Le positionnement annoncé : « ni low-cost, ni luxe » — des tarifs accessibles visant un public large.

Ce que la concurrence ne peut pas faire

Il serait confortable de conclure que le marché réglera tout. Trois limites structurelles s'y opposent :

a) La concurrence ne va que là où c'est rentable. Paris–Lyon, Paris–Marseille, bientôt l'axe Atlantique : les nouveaux entrants choisissent logiquement les lignes à fort trafic. Personne ne se précipite sur les Intercités ou les transversales. Pour la majorité du réseau, l'effet prix de la concurrence restera nul sans autre levier.

b) Les péages restent une barrière à l'entrée. Avec 38 % du prix du billet absorbé par les redevances de SNCF Réseau — record d'Europe —, un nouvel entrant doit remplir massivement ses rames pour amortir chaque circulation. C'est la raison pour laquelle il a fallu cinq ans entre l'ouverture juridique du marché (2020) et une deuxième ligne domestique concurrencée (2025). L'ART elle-même souligne que le niveau des péages conditionne la poursuite de l'ouverture (notre analyse des péages 2027-2029).

c) La TVA frappe tous les opérateurs pareil. Trenitalia, Velvet ou SNCF Voyageurs : chaque billet vendu en France supporte 10 % de TVA, contre 7 % en Allemagne pour la longue distance. La concurrence redistribue la marge — elle ne réduit pas le prélèvement (pourquoi la TVA train est à 10 %).

Concurrence + réforme : le scénario complet

Le manifeste Le Train pour Tous ne demande ni le retour au monopole, ni la foi aveugle dans le marché. Les données 2026 dessinent un scénario cumulatif :

LevierEffet sur un Paris–Lyon à 80 €Qui décide
Concurrence installée≈ −8 € (constat ART)Le marché (déjà en cours)
TVA à 5,5 % au lieu de 10 %≈ −3,30 €Une loi de finances
Péages plafonnés à la moyenne européenne≈ −13 €L'État et SNCF Réseau

Chaque levier renforce les autres : des péages plus bas attirent plus d'entrants, qui font baisser les prix, ce qui remplit plus de trains — et augmente l'assiette de recettes de SNCF Réseau. C'est le cercle vertueux qu'ont enclenché l'Italie et l'Espagne, où les péages modérés ont permis une concurrence dense et des billets durablement moins chers.

Pour aller plus loin


Sources : ART — Autorité de régulation des transports, bilan de l'ouverture à la concurrence, février 2026 ; L'Écho Touristique, « Hausse de l'offre, baisse des prix » ; étude Trainline sur Paris–Marseille et Paris–Bordeaux ; Hourrail, dossier Velvet 2026 ; franceinfo, présentation de la première rame Velvet.

Vous voulez aller plus loin ?

Rejoignez les signataires du manifeste citoyen pour un rail à prix juste.

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